Le développement durable est-il une priorité dans le climat actuel ?

À mesure que les réunions en présentiel reprennent et que le circuit des événements internationaux connaît un deuxième souffle, les déplacements professionnels sont à nouveau en hausse. Dans la ruée pour récupérer les revenus perdus, cependant, le développement durable sera-t-il considéré comme un facteur essentiel de réussite, ou simplement comme un complément ?

La lenteur avec laquelle s’effectue le retour des déplacements professionnels internationaux après la pandémie, en particulier, pourrait signaler une certaine incertitude sur le marché quant aux attentes futures en matière de demande et de dépenses. Un message fort et clair, cependant, est que le face-à-face a toujours son importance dans le milieu des affaires. Près des trois quarts des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête SAP Concur (71 %) ont identifié les réunions en personne avec les clients comme étant le principal moteur des programmes de voyages d’affaires au niveau global.

Près des trois quarts des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête SAP Concur (71 %) ont identifié les réunions en personne avec les clients comme étant le principal moteur des programmes de voyages d’affaires au niveau global.

En outre, les événements, expositions et conférences de l’industrie — où l’occasion se présente de faire des affaires en personne et d’établir des réseaux de manière productive avec des pairs — se placent au deuxième rang de la motivation régissant le secteur (64 %).

Il n’existe cependant pas de carnet de chèque en blanc à disposition du déplacement professionnel, de nos jours. Les décideurs sont soumis à plus de pression qu’auparavant, la plupart reconnaissant que leurs budgets ont été affectés négativement (64 %). La nécessité d’afficher un retour sur investissement (ROI) semble également plus importante que jamais (65 %).

Dans le climat actuel, la durabilité devient-elle donc une activité inabordable ?

Relations, marque et réputation

Il existe encore de forts arguments pour assurer la durabilité de ces rencontres en personne, tant en termes de partenariats commerciaux que de positionnement de marque. L’établissement de relations avec des organisations partageant les mêmes idées est considéré comme un avantage fondamental d’un programme de voyages plus durable par plus de la moitié des personnes interrogées (56 %). Cela peut contribuer à générer une notoriété et une réputation de marque positives auprès de tiers, ce qui est considéré comme étant presque aussi puissant en termes de motivation (55 %).

À un niveau plus opérationnel, les objectifs des programmes de déplacements professionnels convergent fortement avec les objectifs énoncés dans le programme de développement durable plus large. L’étude SAP Concur met en évidence une proportion croissante d'entreprises dont les objectifs clés sont les économies d’énergie (63 %), la réduction de plastiques (55 %) et la réduction des émissions carbone (46 %). La compensation des émissions carbone est une autre pratique qui bénéficie actuellement d’un soutien accru (37 %).

En effet, des opportunités de marque et des impératifs commerciaux entrent ici en jeu, explique Pierre-Emmanuel Tetaz, vice-président senior EMEA et Directeur général de SAP Concur :

« Alors que nous passons en revue le monde des voyages d’affaires post-COVID, une chose est claire : nous devons rendre l’industrie plus durable à la fois pour les personnes et pour la planète, sans pour autant négliger les bénéfices. Mais nous ne pouvons pas gérer ce que nous ne pouvons pas mesurer. Sur la base de données, de meilleurs choix de déplacements et d’un lien plus clair entre les voyages d’affaires et le retour sur investissement, les déplacements professionnels durables ne seront plus simplement qu’une option parmi d’autres, mais la seule voie à suivre. »

Le potentiel d’alignement est donc évident. Ce qui est moins clair, c’est si la réalité des performances en matière de développement durable correspond. Autrement dit, les entreprises joignent-elles le geste à la parole ?

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Les fonds ESG orientent l’agenda

En principe, l’intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans la stratégie commerciale de base est désormais avérée. Pratiquement aucun secteur ne peut ignorer la forte orientation des marchés financiers, avec un investissement record de 649 milliards de dollars investi dans des fonds axés sur les ESG l’an dernier. Les fonds ESG représentent désormais 1 actif sur 10 de ce type d’asset dans le monde.

L’industrie hôtelière ressent déjà la pression, dit Lucia Loposova, Directrice exécutive de GREEN Hospitality, une plateforme de collaboration à but non lucratif pour le développement durable dans les hôtels, restaurants, compagnies aériennes, tour-opérateurs, entreprises, et chaînes d’approvisionnement connexes :

« Nous observons une tendance consistant à essayer de rester au fait et d’obtenir des marchés en adoptant des stratégies de développement durable. La force motrice derrière cela est la demande des partenaires commerciaux et leurs politiques ESG d’appliquer cet objectif lorsque l’entreprise s’engage dans le déplacement professionnel. »

De même qu’avec la stratégie de développement durable plus générale, cependant, c’est dans la pratique que les problèmes ont tendance à se poser. L’adoption de la bonne approche de mise en œuvre et de rapports précis sur les opérations et les résultats semble être là où les entreprises commencent à faire défaut, voire se mettre en infraction.

Les bonnes intentions n’ont qu’une portée limitée, avant que le « greenwishing » ne devienne du « greenwashing ».

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Compter le carbone dans les chaînes d’approvisionnement

Le sérieux des intentions peut être remis en question lors du calcul des empreintes carbone, par exemple. Les émissions sont classées en trois catégories différentes, des « scopes » numérotés de 1 à 3. Le scope 1 couvre les émissions directes de sources détenues ou contrôlées. Le scope 2 englobe les émissions indirectes provenant de l’électricité, de la chaleur et de la vapeur achetées. Le plus difficile à évaluer, cependant, est le scope 3, où se trouvent toutes les émissions indirectes restantes, dans la chaîne d’approvisionnement.

Pour les déplacements professionnels, la nécessité de faire rapport sur les émissions de scope 3 deviendra un facteur critique pour la gestion de la chaîne d’approvisionnement, explique le Professeur Xavier Font, Directeur du Centre for Sustainability and Wellbeing in the Visitor Economy, à l’Université de Surrey, Royaume-Uni :

« Les entreprises exigeront des agences et des fournisseurs de voyages qu’ils tiennent compte de l’empreinte carbone ; et que ces fournisseurs permettent une réduction sans friction de ce carbone. Les entreprises ne voudront pas avoir le choix entre des voyages à fort ou à faible impact, elles voudront simplement que les fournisseurs offrent la même qualité, le même prix, le même confort et le même emplacement, mais avec une empreinte carbone moindre. Et elles voudront des mesures fiables sur le carbone qui leur permettront de faire état des progrès réalisés. »

En fin de compte, tout se joue sur les données, ajoute Professeur Font :

« Les entreprises ont besoin de données pour rendre compte de leurs émissions de scope 3. Ces données doivent être intégrées dans la chaîne d’approvisionnement et communiquées à ces sociétés, et l’exactitude de ces données s’améliorera, tandis que les coûts de collecte diminueront. » 

Ainsi, si le secteur du déplacement professionnel est sérieux au sujet du calcul et de la réduction de ses émissions de carbone, la gestion de ses impacts sur la chaîne d’approvisionnement est un must. Malheureusement, les résultats de l’enquête révèlent ici des omissions flagrantes.

Moins d’un tiers des gestionnaires de voyages envisagent même la durabilité des fournisseurs, tels que les hôtels, les locations de voitures et les services aériens, lorsqu’ils organisent des déplacements professionnels (30 %). Moins encore (moins de 1 sur 4), décriraient leur organisation comme compétente pour tenir compte de la durabilité de leurs fournisseurs tiers dans l’équation des voyages (23 %).

Moins d’un tiers des gestionnaires de voyages envisagent même la durabilité des fournisseurs, tels que les hôtels, les locations de voitures et les services aériens, lorsqu’ils organisent des déplacements professionnels

Ces faibles scores contribuent à saper l’idée que l’action climatique est enchâssée à l'échelle du secteur.

Le concept de « Bleisure » dans une situation d’urgence climatique

Il est également surprenant de constater que les décideurs accordent une priorité plus élevée au « Bleisure », condensé de Business et Leisure en anglais (41 %), qu’à la durabilité des fournisseurs tiers (30 %), et même qu’aux émissions de gaz à effet de serre elles-mêmes (29 %).

Pour le secteur des voyages d’affaires, cette combinaison d’une réticence à assumer l’entière responsabilité des impacts de la chaîne d’approvisionnement, et d’une volonté de privilégier les loisirs avant les préoccupations planétaires, commence à brosser le tableau d’une industrie s’égarant de façon inquiétante.

Les conclusions mettent en évidence un manque d’alignement sur les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU et un décalage avec la demande publique de responsabilisation des entreprises en situation d’urgence climatique.

Alors, comment le secteur du déplacement professionnel peut-il renverser la situation et prendre des mesures concrètes en termes de développement durable ?

De la vérification à la visibilité

En toute impartialité envers ceux qui travaillent dans le secteur des déplacements et de l’accueil, la durabilité est un concept complexe et, même pour les professionnels, nécessite beaucoup de recherches pour s’y retrouver, affirme Lucia Loposova :

« Bien qu’il y ait de nos jours ce qu’on appelle du « greenwashing », ça n’est pas toujours intentionnel. La transparence dans la chaîne d’approvisionnement demeure un problème, mais il se passe des choses au niveau innovation qui pourraient simplifier le processus de vérification pour l’industrie hôtelière. »

Parmi les initiatives mises sur le marché l’année dernière, citons l’inclusion des informations sur la durabilité des hôtels dans les résultats des moteurs de recherche, ainsi que le programme et le badge Travel Sustainable mis en place par Booking.com, aux côtés de la coalition Travalyst.

Pour le secteur du déplacement professionnel, en plus d’une injection nécessaire d’éducation et de leadership, l’utilisation d’outils et de données pour fournir une visibilité à 360° peut grandement améliorer la transparence des rapports. Cela renforce la crédibilité des marques et soutient une direction aux abois qui réclame des analyses pour stimuler la prise de décision et la planification stratégique.

Si une organisation veut que ses salariés fassent de bons et de meilleurs choix, elle doit essentiellement à la fois les habiliter et les équiper en conséquence, conclut Pierre-Emmanuel Tetaz :

« Les entreprises doivent pouvoir compter sur leurs employés pour adopter les bonnes habitudes en matière de déplacements durables. Cela peut inclure tout ce qui va de la limitation des voyages aux déplacements nécessaires pour réduire l’empreinte carbone des travailleurs, à la proposition d’un hébergement plus durable parmi les options pour les voyageurs d’affaires. »

« Cela dit, les entreprises doivent également comprendre ce qui va inciter les employés à adopter des pratiques plus écologiques, et ne pas s’appuyer autant sur la politique de l’entreprise. Dans notre enquête, nous avons constaté que les Européens considèrent les outils pour évaluer la durabilité des options de voyage et d’hébergement, ainsi que les dirigeants qui donnent l’exemple, comme les deux activités de sensibilisation les plus influentes. »

La bonne nouvelle qui ressort des résultats de l’enquête est que la proportion de décideurs du secteur qui privilégient désormais l’utilisation d’outils a augmenté de manière significative depuis la dernière étude SAP Concur en 2020, en hausse de 42 %, pour atteindre 63 % en 2022.

Cette vague d’enthousiasme pour la rigueur technologique qui sous-tend les rapports est essentielle pour que le secteur des voyages d’affaires puisse remettre ses ambitions de durabilité sur les rails. En effet, des données solides sur le développement durable sont le seul luxe dont l’industrie ne peut se passer.

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