Le travail flexible : info ou intox ?

Même s’il existe des disparités régionales, le voyage d’affaires se situe globalement à la frontière entre le travail et les loisirs, et le travail flexible occupera une fonction de plus en plus centrale à l’échelle planétaire.

En avril dernier, le Chartered Institute of Personnel and Development a publié les résultats de son rapport CIPD/Halogen Employee Outlook dans lequel il explique les raisons de cette tendance. « La flexibilité du travail a un rôle important à jouer dans le milieu professionnel actuel. Le télétravail peut changer la donne pour des personnes qui n’avaient jusqu’ici pas accès au marché de l’emploi », explique Claire McCartney, conseillère en recherche adjointe chez CIPD. Selon le rapport, 32 % des actifs au Royaume-Uni « estiment que le télétravail empiète sur la vie personnelle ». Ils sont par ailleurs divisés quant à savoir si le travail à distance constitue un changement positif ou négatif. Parmi les points positifs, 30 % des personnes interrogées ont indiqué que le télétravail les responsabilisait, 53 % qu’il leur donnait davantage de souplesse et 37 % qu’il « les rendait plus productifs ».

Voyage d'Affaires 2030

Data, blockchain, sécurité... SAP Concur imagine le déplacement pro de demain.

 

Dans le contexte européen au sens large, la Fondation Européenne pour l’Amélioration des Conditions de Vie et de Travail a signalé dans son rapport de 2016 intitulé « Évolution du temps de travail au XXIe siècle : la durée du travail et sa réglementation dans l’Union européenne » que la demande de produits et services est plus impactée qu’avant par la vitesse du changement, « et que c’est la raison pour laquelle les organisations patronales belges, françaises, italiennes et finlandaises exigent une main-d’œuvre plus flexible. » Dans l’idéal, la flexibilité du temps de travail favorable aux employeurs permettrait de faire directement le lien entre les fluctuations de la demande et les horaires des employés. 

Une autre étude basée sur des entretiens réalisés par IDC avec 1 352 professionnels des RH et parrainée par l’éditeur de logiciels de gestion Cornerstone OnDemand s’est intéressée à la gestion et au développement du personnel dans les pays suivants : Royaume-Uni, Allemagne, France, Espagne, Italie, Suède, Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Autriche, Suisse, Luxembourg et Belgique. Il en ressort que « la flexibilisation du travail ne s’opère pas au même rythme dans les différents pays européens ». Les pays nordiques, l’Espagne, le Benelux et l’Autriche étaient perçus comme les plus en avance dans ce domaine. « Nous nous sommes rendu compte à quel point la flexibilité du travail et les outils informatiques à l’appui étaient importants pour la fierté et la loyauté des employés et des managers. » Les services informatiques dédiés au travail mobile et à distance, la possibilité d’utiliser des appareils personnels sur le lieu travail et les formations en informatique ont beaucoup joué. Les « facteurs de liberté », tels que le droit de travailler à distance, contribuent aussi grandement au bonheur des employés », fait remarquer Bo Lykkegaard d’IDC.

 

En France, où une loi de janvier 2017 accorde un « droit à la déconnexion » aux employés des entreprises de plus de 50 salariés, les mentalités changent et la flexibilité du travail gagne du terrain.

 

« Les gens commencent à quitter les grandes villes et à vouloir travailler à distance », estime Pierre-Emmanuel Tetaz, Vice-président Senior EMEA chez SAP Concur. « Une clause de leur contrat de travail peut autoriser le télétravail. La machine est lancée, et la demande va être considérable. De nouveaux espaces de travail voient le jour : bureaux partagés ou à la carte et espaces loués ou d’incubation. Grâce à la technologie, l’environnement de travail change. L’idée est que vous pouvez travailler partout, et la législation française le permet. » Selon Pierre-Emmanuel Tetaz, c’est la nouvelle génération qui plaide pour la flexibilité du travail. « Les technologies que les jeunes utilisent dans leur vie personnelle simplifient leur vie professionnelle. Je pense très sincèrement qu’il sera de plus en plus toléré et accepté de recevoir des e-mails en dehors des heures de bureau. » Face à ce mouvement en faveur du travail flexible, les TMC vont devoir tenir compte du bien-être des voyageurs. « En 2030, l’accent sera mis sur le nombre de jours d’absence dus au stress et le lien éventuel avec les déplacements », prédit Jo Dobson, Directrice des ventes au Royaume-Uni et en Irlande pour Carlson Wagonlit Travel. « Si je réserve un voyage alors que je viens de me déplacer pendant deux semaines, mon téléphone me dira peutêtre que je ferais mieux de replanifier mes réunions et de rester chez moi. Ce scénario peut paraître extrême, mais je crois que c’est vers cela qu’on s’oriente. En 2030, les déplacements professionnels seront tellement personnalisés que l’entreprise n’attendra pas seulement des agences qu’elles supervisent la politique voyages. Elle s’attendra à ce que nous veillions aussi au bien-être émotionnel du voyageur. » À l’avenir, il incombera peut-être aux TMC de suivre et communiquer ce type d’informations aux employeurs afin qu’ils sachent qui peut — et qui ne devrait peut-être pas — voyager à tel ou tel moment. 

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